L’Essonne subit en ce moment une saignée sans précédent de son offre hospitalière. Tous nos hôpitaux sont dans le collimateur des fanatiques de tout bord des restructurations.
Les hôpitaux de proximité de Champcueil et Draveil sont en grave danger. On a ainsi appris la fermeture de 37 lits de SSR (soins de suite et de réadaptation fonctionnelle) à l’hôpital de Champcueil et de 68 lits de SSR à l’hôpital Joffre- Dupuytren de Draveil. Conséquence : 41 emplois sont menacés sur Champcueil et 68 sur l’hôpital Joffre Dupuytren. Heureusement les personnels concernés se mobilisent.
Ces lits devraient être transférés sur Paris pour ouvrir l’hôpital Rothschild dans le cadre de la restructuration de l’APHP dans un premier temps en automne 2010 et dans un deuxième temps en 2011. Une absurdité lorsque l’on sait par exemple que 96% des patients de Champcueil sont essonniens !
En décembre 2009, au cours d’une réunion publique, les pouvoirs publics s’étaient engagés à reconstruire sur un site unique Dupuytren (construction d’un bâtiment Castor de 240 lits de Soins de Longue Durée) après la fermeture de l’hôpital Joffre. Force est de constater qu’ils n’ont pas tenu parole.
L’hôpital de Juvisy a subi de son côté la fermeture en juillet 2009 du service de chirurgie et de la maternité. Cette amputation menace à terme l’hôpital. C’est la technique employée pour fermer les hôpitaux de proximité: on commence toujours par s’attaquer à la chirurgie et à la maternité.
Corbeil Essonne n’a pas été épargné avec la fermeture de la radiothérapie de Corbeil. Il s’agissait du seul centre de radiothérapie publique de l’Essonne! La raison invoquée ? Pas assez de patient (374 contre 600 préconisés par l’agence régionale d’hospitalisation), mais comment assurer le nombre d’actes sans moyens humains ? Corbeil dispose de 2,5 praticiens, la clinique privée de Ris Orangis, 4 X plus, c’est à cette clinique que profitera la fermeture de Corbeil. Une fois le nouvel hôpital d’Evry/Corbeil ouvert, la clinique de Ris pourra racheter à bas coût les locaux de Corbeil et le matériel récent et performant, dont un accélérateur de particules mis en service en 2007.
Cité dans le rapport Vallancien de 2006 sur les hôpitaux de proximité comme n’exerçant pas assez d’actes médicaux, l’hôpital de Dourdan est également menacé.
Pour faire passer cette réduction drastique de l’offre de soins en Essonne, on nous vend l’ouverture d’un nouvel hôpital à Evry-Corbeil. Mais ce projet déjà bien avancé confirme en réalité l’évolution de l’hôpital à l’opposé des impératifs du service public.
Le sud de l’Ile-de-France verra en 2010 la naissance d’un nouveau CHU de 1 000 lits à vocation régionale sur certaines spécialités, en particulier la réanimation néonatale. Il remplacera le centre hospitalier Sud Francilien, créé par la fusion en 2000 des centres hospitaliers d’Evry et de Corbeil, distants de quelques kilomètres. Cette recomposition se fera avec un partage de l’offre de soins privés et publics. Son champ d’attractivité s’étendra sur le sud de la Seine et Marne avec l’intégration de certaines spécialités du nouvel hôpital de Melun et du nouvel établissement résultant de la fusion des hôpitaux publics de Fontainebleau, de Nemours et de la clinique privée de Fontainebleau, appartenant à la Générale de Santé.
Objectif du gouvernement : installer autour du Génopôle et du CHU d’Evry-Courcouronnes un grand espace privé de recherche sur le génome humain, la “Généthon’ vallée”. Le CHU fera de la recherche appliquée, entourée du Génopôle, des start-up de la bioéthique et les laboratoires pharmaceutiques. Dans le même temps les hôpitaux de proximité perdront leur service de chirurgie, scanner… au profit soit des cliniques pour l’ambulatoire, soit du CHU pour les interventions lourdes, soit d’exploitants privés regroupés autour du CHU (radiologie, scanner, IRM).
Alors que les hôpitaux de Corbeil et d’Evry ne sont âgés que de 25 ans, la justification économique de ce projet laisse pantois : le nouveau CHU devrait coûter 230 millions d’euros au bas mot, l’équivalent de deux téléthons.
L’hôpital est construit dans le cadre d’un partenariat public privé, avec bail emphytéotique. Créé dans le cadre d’Hôpital 2007, le bail emphytéotique hospitalier est un contrat de location de très longue durée qui transfère la charge de l’investissement et de la maintenance/exploitation à un « emphytéote » privé qui se rémunère grâce à un loyer perçu dans la durée.
Ce contrats permettent aux “grands” du BTP de se partager le gâteau et de tuer la concurrence dans l’œuf. En effet, monter ce type de contrat complexe réclame temps et énergie que n’ont pas forcément les petites entreprises. Jusqu’à présent, pour remédier à ce problème, un système d’indemnisation des perdants de l’appel d’offres a été pratiqué, mais il n’est pas obligatoire.
Surtout, le bail emphytéotique inaugure une privatisation toute en douceur, du moins du personnel technique, puisque la maintenance et l’exploitation sont confiées au preneur privé. Enfin, vu le montant important des “loyers”, rien ne peut garantir que l’emphytéote ne pèsera pas sur l’orientation de l’établissement, notamment vers les activités rentables pour être sûr d’être payé.
Devant un tel gâchis, il est hors de question de laisser faire. La Région n ‘a pas de compétence en matière de santé? Nos élus s’inviteront dans le débat! On nous rebat les oreilles avec la « démocratie sanitaire » incarnée par des machins technocratiques dont les présidents sont nommés par le gouvernement (en Ile-de-France, c’est l’ancien ministre socialiste Claude Evin qui officie). Mais la vraie démocratie veut que les élus s’en mêlent.




