Avec le 21 avril ont fleuri les « sondages anniversaires ». Ce seul fait dit que les sondages ne sont pas des « photographies » neutres mais des productions de l’agenda médiatique, surgies opportunément pour noircir du papier en plein creux de Pâques sous le regard satisfait des publicitaires strauss-kahniens qui s’agitent en coulisses. Et si aux sondages anniversaires nous répliquions par des anniversaires de sondages ? Tiens, le 24 avril 2006, le Parisien publiait déjà un « sondage qui dérange » mitonné par l’actuel directeur d’Harris Interactive. Il annonçait la nette victoire de Ségolène Royal par 53% des voix au second tour après un beau 31% au premier. Elle en fera 47 et 26 ! Le Pen était crédité de 14%, il en fera 10. Et Bayrou de 5, très loin des 18,5% réalisés au final. Certes nous étions prévenus comme à chaque fois : les sondages n’ont pas de valeur prédictive. Mais quel est alors l’intérêt de demander aux sondés ce qu’ils voteraient « si l’élection avait lieu dimanche prochain » étant donné que justement l’élection a lieu dans plus d’un an ? Et quelle la valeur des commentaires immédiatement produits après chaque enquête ?
Ceux-ci ne servent là encore qu’à vendre du papier. Il en est ainsi de l’idée selon laquelle la multiplicité des candidatures issues de la gauche conduit à son élimination du premier tour. L’étude des dernières présidentielles ne montre aucune corrélation entre le nombre de candidats et le score du candidat de gauche arrivé en tête. Le 21 avril 2002, il y avait 8 candidats de gauche quand Jospin a péniblement dépassé les 16%. Mais en 2007, il y en avait 7 et Royal a fait près de 26. En 1995, Jospin réalisait le plus mauvais score d’un socialiste au premier tour depuis Gaston Deferre alors que le nombre de candidats de gauche atteignait son niveau le plus bas, 4 ! Aveuglés par le biais sondagier, les commentateurs considèrent à tort l’électorat comme une série de parts de marché, un agrégat de consommateurs de politique qui arbitrent entre des offres voisines. Ils ignorent qu’une candidature peut amener au vote à gauche des électeurs qui ne feraient pas ce choix et oublient donc les dynamiques qui sont pourtant le cœur de la politique.
Bien sûr il y aussi du parti pris. Les éditorialistes auraient pu tirer de ces sondages un tout autre enseignement. Ce qui frappe en effet est le bas niveau du PS. Royal montait à 31% en avril 2006, Aubry et Hollande plafonnent à 22%. D’un côté Sarkozy s’effondre. De l’autre le PS ne convainc pas car beaucoup d’électeurs n’attendent plus de lui un changement véritable. Dans ces conditions il est logique que la « troisième force » qui dénonce depuis des décennies le « système UMPS » en bénéficie. Soutenir ceux qui incarnent le plus la continuité ne ferait alors que renforcer le FN. C’est pourtant ce qui nous est intimé, à gauche en tout cas, car à droite l’arrivée de Borloo dans le jeu est saluée elle comme une rafraîchissante nouveauté !
Plus lucide sur la faiblesse du PS, Terra Nova, qui craint même un « double 21 avril, Marine Le Pen contre un quatrième homme », dénonce dans une note datée du 21 avril les effets pervers du scrutin majoritaire à deux tours et propose de le remplacer par un système de sondage géant au cours duquel les électeurs classeraient les candidats. Les sondeurs célèbrent l’anniversaire d’un événement qu’ils n’avaient pas prévu et le think tank socialiste dénonce l’élection du président de la République alors que le PS ne veut pas remettre en cause la Cinquième République ! Décidément tout ceci est absurde.




