Avec Oskar et les progressistes allemands

Je poste cette note ultra-rapide depuis le train qui me ramène de Strasbourg. Comme toujours je ressors gonflé de mes rencontres finalement très régulières avec Oskar Lafontaine. Avant même la fondation du Parti de Gauche nous avons en effet pris l’habitude avec Jean-Luc d’échanger avec Oskar sur le parcours qui le conduisit à fonder Die Linke. A l’évidence cette expérience a été déterminante dans notre décision de quitter le Parti socialiste et de fonder le Parti de Gauche. Aujourd’hui je suis heureux que cette amitié politique permette d’envisager une autre relation entre la France et l’Allemagne que celle qui unit les partisans de la rigueur, de droite comme de gauche, des deux côtés du Rhin. Une relation fondée sur la coopération entre les peuples et non la mise en concurrence absurde et violente à laquelle conduirait la généralisation du « modèle allemand » de dumping salarial. De plus, j’ai pu vérifier à quel point nos réponses à la crise sont convergentes. La racine de la rupture d’Oskar Lafontaine avec le SPD remonte d’ailleurs à la période où, ministre des Finances de Schröder, il avait plaidé pour une régulation des marchés financiers. Il avait été alors baptisé par un journal économique anglais « l’homme le plus dangereux d’Europe ». Effrayé par de telles remontrances, Schröder avait immédiatement lâché son ministre et couru protester de sa confiance dans les marchés financiers dérégulés. La suite on la connaît: c’est l’agenda 2010 et le plan Harz IV qui brisa l’assurance chômage et répandit la pauvreté de masse en Allemagne, puis la grande Coalition des sociaux démocrates avec la droite à laquelle répond la fondation par Oskar de Die Linke. J’espère qu’il y aura un compte-rendu de cette rencontre dans la presse grâce à la présence sur place de l’AFP. Mais je sais aussi combien nos médias sont souvent peu intéressés par les questions internationales. Je vous invite donc à faire circuler la déclaration qui suit, et que vous pouvez aussi télécharger dans une mise en forme plus attrayante.

 

ADRESSE AUX SALARIES EUROPEENS

Les dirigeants actuels de l’Union Européenne nous mènent au désastre.

Pendant des années, ils ont donné toujours plus de pouvoir à la finance. Le bilan est catastrophique. L’environnement est sacrifié. Le chômage explose. Les salariés sont pressurés et appauvris. L’économie réelle est prise en otage par les banques.

A présent, au nom de la crise qu’ils ont provoquée, les gouvernements européens veulent continuer et aggraver les politiques d’austérité. Sous la pression d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, ils ont décidé d’écrire un nouveau traité qui retirerait aux peuples européens le droit de décider librement de leur budget afin d’imposer partout la rigueur. Aucun d’eux n’a prévu de demander l’avis au peuple sur un texte aussi fondamental. C’est la fuite en avant dans l’Europe austéritaire. Parce que l’Europe ne peut se faire sans ni contre les peuples, nous exigeons la convocation de referendums sur ce traité dans nos pays.

Sarkozy et Merkel veulent généraliser à toute l’Europe le désastreux Agenda 2010 qui a si cruellement dégradé la situation des travailleurs allemands. Leur objectif est d’aggraver la concurrence entre les salariés européens pour niveler vers le bas les droits qui ont fait de l’Europe la région du monde la plus avancée socialement. Cette stratégie jette volontairement les peuples européens les uns contre les autres. Sarkozy et Merkel n’hésitent pas d’ailleurs à souffler sur les braises du nationalisme et de la xénophobie, au risque de rouvrir de vieilles blessures. Les amis de Merkel parlent d’obliger les Grecs à vendre leurs iles. Sarkozy traite de pilules empoisonnées les nouveaux entrants dans la zone euro. Ces propos provocateurs visent à détourner la colère des peuples des vrais responsables, les banques, la finance et les dirigeants politiques qui leur ont abandonné le pouvoir. Nous vous appelons à la résistance de toutes vos forces contre ce recul de notre civilisation européenne.

Nous vous appelons à ne pas tomber dans ce piège qui menace la paix en Europe. Tous ensemble, préservons notamment l’amitié entre nos deux peuples, les Allemands et les Français, car c’est la condition de la paix pour l’Europe toute entière.

Comment garantir la paix en Europe ? La paix ne se décrète pas. Elle se construit, par la coopération entre les peuples, au service de tous. Elle est incompatible avec la domination arrogante de deux chefs de gouvernement sur tous les autres. Elle a besoin de s’appuyer sur une politique menée au service de l’intérêt général européen. Il est temps de gouverner pour satisfaire les besoins et aspirations de la grande masse de la population et donc des salariés d’Europe : partage des richesses, défense et élargissement du droit à une retraite décente, relance des services publics, éradication de la précarité, lutte implacable contre la pauvreté et les inégalités, transition écologique.

Salariés européens, ne vous résignez pas ! La finance ne peut rien face à des peuples déterminés. Car la vraie richesse est le fruit du travail humain. En se mobilisant, les salariés européens peuvent siffler la fin des orgies financières. Et commencer sans tarder à construire un monde enfin humain.